Départ
Jour de fête !
7h30. Rien, pas même le petit vent du nord qui glace les cuisses des premiers arrivants, ne
peut gâcher l’ambiance de cette matinée printanière. « Avril à Paris », dit la chanson. Les
marronniers sont en fleurs et les brasseries déjà ouvertes invitent les noctambules tout juste
sortis de boite de nuit autant que les marathoniens en quête de caféine à profiter d’un peu de
chaleur.
C’est jour de fête. L’air a cet air délicieux des journées que l’on a attendu très longtemps.
Jour de fête et de découverte pour de nombreux coureurs qui sortent des bouches de métro
et héritent subitement de la plus belle des vues : les Champs Elysées surmontés d’un ciel
immense comme seul Paris sait les inventer…
A 7h50, les abords de la plus belle avenue du monde sont déjà agités d’une multitude
de foulées convaincues. Certains trottinent pour se réchauffer et se rassurer, d’autres
baguenaudent à la recherche du meilleur endroit pour prendre quelques photos. L’impression
de capharnaüm est trompeuse : chaque coureur sait ce qu’il fait, accomplit les gestes qu’il a
prévu, anticipé. Courir 42,195km ne s’improvise pas !
Le monde entier court à Paris. Plus de cent nationalités. Il faut lire les prénoms imprimés
sur les dossards et laisser filer son imagination : Amy et Alex viennent d’Edimbourg. Ils ont
un accent écossais joyeux et difficilement compréhensible. A leurs côtés, Matteo et Luca,
Romains de naissance et de cœur, baragouinent en français pour se faire des copines : la
dimension internationale du Marathon de Paris prend toute sa signification. N’oublions pas
que 40% des concurrents ne sont pas Français…
L’heure tourne et le plus grand peloton de l’Hexagone se met en place. Lentement. Puis avec
une certaine impatience. Il est 8h15. 30 minutes seulement avant le départ. Il est temps de
récapituler les gestes nécessaires : boire quelques gorgées d’eau, contrôler son chronomètre,
envoyer un dernier texto et vérifier que les gels énergétiques sont bien ficelés autour de la
taille.
L’entrée dans les sas prend déjà des allures de départ. A partir de cet instant, les coureurs
ne sont qu’entre eux. Comme coupés du monde. Les regards échangés se chargent d’une
intensité parfois bouleversante. A chacun son objectif, à chacun son rêve de chrono. Et pour
tous, l’espoir résolu d’aller au bout des 42,195km, de rallier l’avenue Foch, de recevoir la
médaille de finisher.
8h44. Le speaker a égrené les dernières minutes. Des milliers de visages sont désormais
tournés vers l’horizon. 36è édition du Marathon de Paris. Le bitume de la capitale est là.
Comme vierge. Dans quelques secondes, il résonnera d’une rumeur joyeuse. 40 000 coureurs
s’élancent.
La fête peut commencer…
