Arrivée
Le grand voyage
L’avenue est longue. Tout sauf une promenade. Pourtant, au bout de l’effort, les marathoniens
prennent le temps de réciter leurs dernières foulées et de les mettre en scène. Pour beaucoup,
la dernière ligne droite sur l’avenue Foch est l’aboutissement d’un rêve si particulier, si ténu,
si précieux, si intime, qu’il ne faut rien précipiter.
Tout se mélange. Un vrai délire sensoriel. Des années d’entraînement souvent pour toucher
au but. En finir avec un marathon, pour la première ou la centième fois, constitue toujours
un moment à part. Qui peut le faire ? Moi, je peux, semble scander chaque visage. Moi,
aujourd’hui, je l’ai fait, j’ai couru 42,195km, j’ai tout donné, j’ai été au bout de moi-même…
Arrêtons-nous sous la banderole. Les corps passent. Quelques uns d’abord. Comme au
compte goutte. Puis de plus en plus nombreux. Bras levés, pieds de plombs, tête qui tourne,
estomac en capilotade et sourires gaillards aux lèvres : le Marathon de Paris s’achève
(presque) toujours dans l’euphorie, dans la satisfaction de l’effort accompli.
Et parfois pourtant, les corps s’écroulent. Fatigue ? Pas seulement. Il faut voir et entendre
les sanglots de celles et ceux qui se laissent submerger par l’émotion pour mieux saisir
l’importance de l’instant. Etre marathonien change une vie. Celles et ceux qui passent sous la
banderole ne seront plus jamais les mêmes. Ils sont marathoniens !
A ce moment, et pour la première fois depuis une petite éternité, les coureurs entrent à
nouveau en contact avec une autre réalité. Ils ne sont plus seuls. Ils n’ont plus rien à réciter.
Ils n’ont plus de temps de passage en tête. Ils marchent…
Et on s’occupe d’eux. Les bénévoles du Marathon de Paris entrent en action. Ils veillent,
cajolent, soulagent, entourent d’attention. L’heure n’est plus à l’effort mais au réconfort.
L’instant de la remise de la médaille est toujours symbolique. Cet instant-là vaut-il les mois
de préparation, de petits sacrifices et de constante remise en question ? Il les vaut !
Regardons les visages. Brouillés, comme ailleurs, et pourtant si intensément présents. La
médaille du Marathon de Paris 2012 frôle des dizaines de milliers de poitrines. Encore
quelques mètres avant la foule : parents, amis et anonymes venus féliciter les corps et les
cœurs. « Alors c’était comment ? », soupçonne-t-on sur les lèvres. A chacun sa réponse, à
chacun ses réponses. Il faut du temps pour sortir d’un marathon. Car, finalement, comment
raconter un si grand voyage ?
