Marathon de Paris
 
 
Préparation
 
 


 
Études médicales
 
Préparation > Études médicales > Dopage


« MÉFIEZ-VOUS DES COMPLÉMENTS ALIMENTAIRES ! »

Agence Française de Lutte contre le Dopage

Interview du Professeur Michel Rieu, conseiller scientifique de l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD).

Depuis 2005, le CPLD puis l’AFLD, qui lui a succédé en 2006, organisent pendant le Marathon de Paris une opération de sensibilisation et d’information à destination des coureurs. Cette opération se présente sous la forme d’une étude quantitative et qualitative : un test urinaire visant à détecter 6 substances (cannabis, opiacés, cocaïne, amphétamines, méthamphétamine et ecstasy) et un questionnaire portant sur les substances interdites et la règlementation en vigueur.
Le Professeur Michel Rieu revient sur cette opération.

L’AFLD ORGANISE DES TESTS URINAIRES LORS DU MARATHON DE PARIS…

On connaît mal la réalité du dopage. Il y a environ 9 000 contrôles antidopage par an, pour environ 15 millions de licenciés et près de 30 millions de pratiquants. Les seuls contrôles antidopage ne permettent pas de donner une image précise des pratiques dopantes. L'idée est de faire des tests anonymes, réalisés sur la base du volontariat et ne pouvant déboucher sur aucune sanction, pour améliorer notre connaissance du phénomène et ensuite mieux cibler les actions de prévention du dopage.

POURQUOI LE MARATHON DE PARIS ?

C'est une épreuve de masse très exigeante, ce qui permet d'avoir un échantillon large et de toucher des amateurs de bon niveau. C'est l'idéal pour ce que nous cherchons à faire. Et nous avons la chance de bénéficier du partenariat d'ASO., qui est une entreprise attachée à la défense des valeurs du sport et à la protection de la santé des sportifs.

QUEL BILAN TIREZ-VOUS DE CETTE EXPERIENCE ?

Très positif. C’est l’occasion pour une institution comme l’AFLD de rencontrer les sportifs sur le terrain. Certains participants se sont présentés parce que cela leur avait été proposé dans leur dossier d'inscription, d'autres sont venus spontanément soit par curiosité soit pour témoigner leur soutien à la lutte contre le dopage.

COMMUNIQUEREZ-VOUS LES RÉSULTATS DE CES TESTS ?

Les résultats des tests urinaires ne sont pas rendus publics, car la population testée est volontaire, seules certaines substances sont recherchées et les seuils de positivité sont différents de ceux pratiqués lors de contrôles antidopage. Sur place, les participants ont évidemment la possibilité de connaître le résultat de leur test, tout en restant anonymes.

En revanche, l’analyse du questionnaire soumis aux coureurs a notamment permis de montrer que près de la moitié d’entre eux consommait des compléments alimentaires.

CELA A-T-IL SERVI À QUELQUE CHOSE ?

Bien entendu ! Cette opération a été extrêmement utile. Le Marathon de Paris et l’AFLD ont d'ailleurs décidé de la renouveler tous les ans depuis 2005, et en particulier en 2008.

Y A-T-IL DES DOPÉS AU MARATHON DE PARIS ?

Il y a malheureusement du dopage dans tous les sports et à tous les niveaux de pratique, comme le démontrent l’ensemble des contrôles antidopage réalisés en France par l’AFLD. Mais il y a également dans tous les sports des personnes qui, en raison de leur état de santé, doivent prendre des médicaments contenant des produits interdits. Enfin il y a les sportifs qui prennent des compléments alimentaires parfois « contaminés ».

C'EST-À-DIRE ?

De plus en plus, les sportifs ont recours à des compléments nutritionnels énergétiques ou coupe-faim, en boissons, barres ou poudres. Il faut se méfier de ces produits. Ils sont souvent efficaces justement  parce qu'ils contiennent autre chose que ce qui est inscrit sur l'emballage, notamment des stéroïdes anabolisants interdits. Une étude, réalisée entre octobre 2000 et novembre 2001 par le Laboratoire antidopage de Cologne et financée par le Comité International Olympique, a montré qu'environ 15% des 634 compléments alimentaires analysés contenaient des prohormones². Je rappelle que les sportifs dopés « à leur insu » encourent aussi des sanctions. Selon la réglementation sur le dopage, c'est la présence de produits interdits qui fonde la sanction, indépendamment de la façon dont cette substance a été administrée.

QUE FAIRE ?

Une alimentation équilibrée et adaptée à l'effort devrait suffire. Pendant la course, les pommes et les oranges fournies par les organisateurs sont les meilleurs compléments alimentaires possibles !!

DÉCRYPTAGE
Certains compléments alimentaires sont vendus comme ayant des vertus naturelles tirées de plantes exotiques. Derrière des appellations évoquant l'herboristerie traditionnelle, il faut parfois reconnaître des substances dopantes figurant sur la liste des produits interdits. Ainsi :
Catha edulis ou Khat = Cathine.
Citrus Aurentium ou Oranger Amer = Synéphrine3.
Guarana = Caféine3.
Ma Huang ou Ephedra Sinica = Éphédrine, Méthyléphédrine, Pseudoéphédrine3.
Tribulus Terrestris = Phytostéroïde qui favoriserait la sécrétion de LH (hormone lutéinisante) et donc de testostérone.


¹ La liste des substances et procédés interdits est consultable sur le site du CPLD, www.cpld.fr.
² Stéroïdes anabolisants précurseurs pouvant être convertis par l'organisme humain en stéroïdes plus actifs.
³ Ces substances ne sont pas considérées comme substances interdites, mais figurent sur le Programme de surveillance 2005 de l'Agence mondiale antidopage, www.wada-ama.org.
 
A.S.O. Amaury Sport Organisation