Marathon de ParisMarathon de Paris 30e édition - 9 avril 20061976-2006
 
 
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Conseil de Prévention et de Lutte contre le Dopage

« Méfiez-vous des compléments alimentaires ! »

Interview du Professeur Michel Rieu, conseiller scientifique du CPLD.

Lors de l'édition 2005 du Marathon de Paris, le Conseil de prévention et de lutte contre le dopage (CPLD) a organisé des tests de dépistage du dopage anonymes. Le Professeur Michel Rieu, conseiller scientifique du CPLD, revient sur cette opération.


Le CPLD a organisé des contrôles antidopage lors du Marathon 2005…

Il ne s'agissait pas de contrôles antidopage mais de tests anonymes réalisés sur la base du volontariat et ne pouvant déboucher sur des sanctions. Les contrôles antidopage proprement dits, qui sont d'ailleurs indispensables, obéissent à des règles strictes. Ils sont réalisés par un médecin agréé sur des sportifs officiellement convoqués et qui ne peuvent s'y soustraire sous peine de sanctions. Il ne faut surtout pas confondre les deux démarches.


Quel était l'objet des tests réalisés par le CPLD ?

On connaît mal la réalité du dopage. Il y a environ 9 000 contrôles par an, pour environ 15 millions de licenciés et près de 30 millions de pratiquants. Les seuls contrôles antidopage ne permettent de donner une image précise des pratiques dopantes. L'idée est de faire des tests anonymes pour améliorer notre connaissance du phénomène pour ensuite mieux cibler les actions de prévention du dopage.


Pourquoi le Marathon de Paris ?

C'est une épreuve de masse qui est aussi très exigeante, ce qui permet d'avoir un échantillon large et de toucher des amateurs de bon niveau. C'est l'idéal pour ce que nous cherchons à faire. Et nous avons la chance de bénéficier du partenariat d'A.S.O., qui est une entreprise attachée à la défense des valeurs du sport et à la protection de la santé des sportifs.


Quel bilan tirez-vous de l'expérience de 2005 ?

Très positif. Certains participants se sont présentés parce que cela leur avait été proposé dans leur dossier d'inscription, d'autres sont venus soit par curiosité soit pour témoigner leur soutien à la lutte contre le dopage.


Vous n'avez pas communiqué les résultats de ces tests.

Non car cela n'aurait pas valeur scientifique compte tenu du fait qu'il s'agit de volontaires, que l'échantillon est aléatoire et que seuls cinq substances (cannabis, cocaïne, morphine, amphétamine, métamphétamine) étaient recherchées. Les participants avaient toutefois la possibilité de connaître le résultat de leur test.


Cela a-t-il servi à quelque chose ?

Bien entendu ! Cette opération a été extrêmement utile. Le Marathon de Paris et le CPLD ont d'ailleurs décidé de la renouveler en 2006.


Y a-t-il des dopés au Marathon de Paris ?

Il y a du dopage dans tous les sports et à tous les niveaux de pratique. Mais il y a également dans tous les sports des personnes qui, en raison de leur état de santé, doivent prendre des médicaments contenant des produits interdits. Et puis il y a tous les sportifs qui prennent des compléments alimentaires « contaminés ».


C'est-à-dire ?

De plus en plus, les sportifs ont recours à des compléments nutritionnels énergétiques ou coupe-faim, en boissons, barres ou poudres. Il faut se méfier de ces produits. Ils sont souvent efficaces parce qu'ils contiennent autre chose que ce qui est inscrit sur l'emballage, notamment des stéroïdes anabolisants interdits. Une étude, réalisée entre octobre 2000 et novembre 2001 par le Laboratoire antidopage de Cologne et financée par le CIO, a montré qu'environ 15% des 634 compléments alimentaires analysés contenaient des prohormones². Je rappelle que les sportifs dopés « à leur insu » encourent aussi des sanctions. Selon la réglementation sur le dopage, c'est la présence de produits interdits qui fonde la sanction, indépendamment de la façon dont cette substance a été administrée.


Que faire ?

Une alimentation équilibrée et adaptée à l'effort devrait suffire. Pendant la course, les pommes et les oranges fournies par les organisateurs sont les meilleurs compléments alimentaires possibles !


DÉCRYPTAGE
Certains compléments alimentaires sont vendus comme ayant des vertus naturelles tirées de plantes exotiques. Derrière des appellations évoquant l'herboristerie traditionnelle, il faut parfois reconnaître des substances dopantes figurant sur la liste des produits interdits. Ainsi :
Catha edulis ou Khat = Cathine.
Citrus Aurentium ou Oranger Amer = Synéphrine3.
Guarana = Caféine3.
Ma Huang ou Ephedra Sinica = Éphédrine, Méthyléphédrine, Pseudoéphédrine3.
Tribulus Terrestris = Phytostéroïde qui favoriserait la sécrétion de LH (hormone lutéinisante) et donc de testostérone.


¹ La liste des substances et procédés interdits est consultable sur le site du CPLD, www.cpld.fr.
² Stéroïdes anabolisants précurseurs pouvant être convertis par l'organisme humain en stéroïdes plus actifs.
³ Ces substances ne sont pas considérées comme substances interdites, mais figurent sur le Programme de surveillance 2005 de l'Agence mondiale antidopage, www.wada-ama.org.
 
--> A.S.O. Amaury Sport Organisation